mardi

16h28


(Suite de Lola, précédemment vue ici)

Place 47 de la voiture 10 du train en direction de l'autre bout du monde.

J'ai pris mon billet imaginaire en début d'après-midi grâce à l'argent que je n'ai pas. Dans quelques minutes mon chef m'appellera pour m'indiquer que je suis encore en retard, je l'informerai que je souffre d'un spleen baudelairien, détecté par ma lampe de chevet, m'obligeant à l'inviter cordialement à aller faire l'amour à sa maman, de préférence sans condom et avec une pincée de gravier.
En parlant de boulot, ça va d'ailleurs faire deux bons mois que je n'ai pas mis les pieds à la fac. Du moins dans l'enceinte des salles de cours. Les bancs de marbre blanc de la cour d'honneur m'accueillent chaleureusement chaque jour après que j’eusse emprunté un nouvel exemplaire des Temps Modernes à la bibliothèque fraîchement rénovée. Lorsqu'ils me voient ainsi allongée sur le dos, les genoux à l'air, une jambe reposant mollement sur l'autre, mes camarades me regardent de travers tandis mes enseignants me saluent tristement.

Tout a commencé il y a à peu près six mois, à l'époque j'étais une élève brillante, entourée, prête à tout pour conquérir le monde. Mais un événement a brusquement bouleversé le cours de l'Histoire entraînant le monde dans un chaos éternel. Mais bon, rien ne sert de ressasser le passé. Désormais, j'ai une flasque de Jack dans la poche de mon short, la vie ne serait être plus belle.

Je ne sais absolument pas ce que je fais dans ce train. A priori il m'emmène voir la mer. Ca fait longtemps que nous n'avons pas discuté elle et moi. Le vieux cadre plus très dynamique assis à mes côtés ne me semble pas très à l'aise, peut-être que s'il arrêtait de lorgner sur mes cuisses nues sa tension redescendrait. Par ennui, je m'amuse à m'imaginer lui murmurer au creux de l'oreille :"Bonjour monsieur, vous ne semblez pas très bien dans votre complet. Si vous le souhaitez, je peux vous proposer une petite pipe pour pas cher, ainsi vous aurez meilleure mine et moi je pourrai me payer une nuit d'hôtel avant de trouver l'intérêt qui m'a poussée à monter dans ce train et m'asseoir près de vous".


dimanche

La Gamine.



Le regard au bord des vagues, l'écume me glace les pieds. Plus la marée monte, moins je sens mes jambes. Je m'enfonce. Tu m'avais promis de m'emmener voir la mer. Elle est si belle sous la pluie. Assise sur la plage, le mistral me murmure un voyage. Du bout des doigts, je trace les lettres de ton nom dans le sable humide. Où es-tu ? Que fais-tu ? Es-tu heureux ? Pincement au coeur. Penses-tu à moi parfois ? Trempée par l'averse, une jeune fille s'inquiète.

On n'a jamais su si la Gamine était seule de par son absence, ou absente à cause de son isolement.

Elle donnerait tout pour ne plus aimer. Elle donnerait tout pour ne jamais s'arrêter d'écrire. L'amour est un journal.

vendredi

L'amour est enfant de bruyère.


Tenir ses cheveux. Tenir debout. Ne pas retomber. Tant pis. Rendre. Ne pas respirer l'odeur de la cuvette. Ne plus remplir ce traitre d'estomac. Traitre. Elle a faim. Elle doit retourner travailler. Client perdu, n'aurait pas dû lui vomir. Il était moche et bizarre. Il était stupide et riche. Dommage. Arrêter de s'énerver. La colère fait remonter la bile.

400€ de loyer mensuel charges comprises. 100€ de loisirs fringues non comprises. 150€ de nourriture médecin impossible. 650€ dont 300€ de bourse. Le reste ? Elle revend de la weed aux branleurs de la ratp. 100€, reste 250€. 5 rapports par mois. La totale. Sauf derrière. Elle n'aime pas derrière. Pas méchants les clients. Pas pervers et crades comme on pourrait l'imaginer. Un étudiant de Normal Sup qui veut faire croire qu'il sort avec une fille jolie, soumise à lui. Un divorcé qui n'aime pas draguer. Un homme marié avec une femme qui ne suce pas. Un homme marié avec une femme qui ne couche plus.
Elle travaille une ou deux fois par semaine. Enfin, c'est dur de prévoir. Des fois il y a des extras. Des fois il y a des pourboires. Des fois il y a des cadeaux. C'est un job comme un autre en somme. Un peu moins que Mcdo.

Elle était étudiante en histoire de l'art. Plus tard elle aimerait travailler au Louvre. Elle avait une bande de copines. Un petit ami amoureux. Pas de parents. Ils n'aimaient pas l'histoire. Lyon encore moins. Elle est partie seule à la découverte du monde et malgré quelques soucis avec ses professeurs elle n'avait aucune raison de se plaindre.

jeudi

Courte histoire pour redonner le sourire quand rien ne va.


C'est l'histoire d'une petite fille qui rêve. Elle fuit son quotidien à travers ses rêves. La nuit elle se met à la fenêtre, regarde les étoiles, et leur confie ses peines et sa douleur. Elle sait bien que les étoiles ne peuvent pas lui répondre mais elle y croit.
Et puis un soir, alors que ses joues sont perlées de larmes, elle remarque qu'une étoile brille d'avantage que les autres. La petite fille tend alors la main vers celle-ci, comme pour l'attraper et une vive lumière l'éblouie !
L'étoile est là. Devant ses yeux. Elle attend sous sa fenêtre. "Pleure petite fille pleure. Tes larmes ne coulent pas sans raison je le sais bien. Mais regarde, ma lumière est comme l'espoir qui brille au fond de ton coeur. Laisse le scintiller. Ferme les yeux. Remémore tout les doux moments de ta vie puis rouvre tes paupières."
L'enfant s'exécuta. Subjuguée par la magie. Elle repensa au goût du chocolat coulant dans sa bouche. Au rire de sa grand-mère. A sa robe de princesse de quand elle était plus jeune. Au sourire de son petit frère. Toutes ces petites choses qui rendaient sa vie moins moroses.
Lorsqu'elle rouvrit les yeux. Un merveilleux arc-en-ciel était apparu dans le ciel.
Et elle entendit une petite voix lui murmurer "Regarde ce que la tristesse et la joie peuvent faire. Seule elles sont ternes. Mais ensembles, elles colorent ta vie."

mardi

C'est de ta faute.


Bonjour. Je m'appelle Nemo, je suis asexué, je suis née le 19 janvier 1994 ans et si le monde va mal, c'est de ma faute.
Ne me demandez pas pourquoi, je vous répondrai parce que.
Il est 23h, nous sommes le 18 janvier 2012. Je n'aurai jamais 18 ans.

Depuis six mois, mes effets personnels tiennent dans un sac de sport et un sac à dos. Je passe mes nuits chez ma mère, chez un ami, chez un inconnu, ou dans un foyer d'urgence. Ma mère m'a mise à la rue parce que j'étais le Mal. Aujourd'hui, je découvre que les choses néfastes sont présentes partout. Dans des formes bien pire que mon corps chétif.

Je haïs ma balance, depuis mon entrée au collège. Elle s'obstine à me rajouter des kilos. J'ai eu beau ne pas manger pendant plusieurs jours, je finissais toujours mon jeun à l'hôpital suite à un évanouissement. Je fixais la perfusion m'alimentant en glucose. De la graisse liquide rien de plus. Trois mois plus tard mon poids était redevenu "stable" comme disaient les médecins, grosse comme disait ma balance.

Certains d'entre vous se sont sans doute demandé ce que signifiais le terme "asexué" que j'ai prononcé tantôt. Ca veut tout simplement dire que j'ai un vagin mais que je ne me considère absolument pas comme étant une femme. Je ne suis pas un homme non plus d'ailleurs. En fait, je ne suis rien.

Ma mère voulait un garçon. Elle l'a dit au médecin le jour de l'accouchement. Dommage pour moi.. C'était sans doute ça ma première erreur ? Avoir perdu mon pénis..
Il se trouve justement que je suis maître dans l'art de perdre mes affaires, de mes stylos, jusqu'à mon pucelage, en passant par mes amis.

Quand j'avais six ans, mon meilleur ami a déménagé pour l'autre bout de la France. C'était de ma faute. Du moins, c'est la dernière chose qu'il m'aie dite avant que le camion démarre.

Six ans plus tard j'ai rencontré le garçon qui allait être mon nouveau meilleur ami. Lui aussi est parti par ma faute. Renversé par un camion après que je lui avais ordonné de rentrer chez lui sous la pluie alors qu'il était défoncé. Non mais non, ce n'était pas de ma faute. Il était simplement amoureux de moi.

C'est con l'amour hein ? Heureusement que lors de mon premier rapport sexuel je n'étais pas amoureuse. J'aimais bien ce jeune homme pourtant. Il était de cinq ans mon aîné. C'était le seul à m'adresser la parole. Il devait bien avoir un intérêt à ça. C'est vrai quoi, une gamine associable ne risque pas de porter plainte pour agression sexuelle. La preuve. Je ne l'ai jamais fait. J'ai même pris soin d'oublier son prénom. Mais bon, j'aurai dû écouter mon père et rester à surveiller mes frères au lieu de vouloir sympathiser avec d'autres jeunes.

Par contre je n'aurai peut-être pas dû écouter mon père quand il m'a dit que les préservatifs ce n'étaient pas de mon âge. Deux mois plus tard, je n'avais plus de problème de serviettes hygiéniques. Trois mois plus tard, quelqu'un n'avait jamais vu la lumière du jour grâce à moi. Enfin quelqu'un.. Ce n'est pas comme si un fœtus avait des ongles.

Le point positif c'est quand même que je n'ai pas eu à tester l'accouchement par césarienne. C'est peut-être ça en fait qui ont fait débuter mes emmerdes. Devoir obliger les médecins à ouvrir le ventre de ma mère pour qu'elle m'ouvre son cœur.

Je comprends que s'ouvrir la peau peut faire assez mal. Enfin ça dépend de ce qu'on utilise. Le scalpel marche bien pour les veines. Mais ce qui fait le plus mal c'est quand même de s'écraser sur le bitume sans s'être rien cassé. Ce qui fait mal à ce moment là c'est principalement les regards médusés des gens qui voulaient nous faire passer une soirée divertissante mais qui ne s'est pas terminé comme ils le souhaitaient.C'est sympa pourtant les camions de pompiers..

Par contre si ce soir je discute avec l'étoile qui me relève à chaque fois ce n'est pas de ma faute. L'ecstasy doit y être pour beaucoup. Mélangée à de l'absinthe cette substance peut être mortelle. Voyons ça. Tu m’emmènes avec toi l'étoile ?

lundi

Une étoile perdue quelque part.



"Tu m'agaces et me tracasses, me fracasses comme de la glace, quand tu me parles à voix basse."
Je criais dans ma tête parce qu'aucun son ne sortait de ma bouche. Allongée sur ce matelas 200x140 je me sentais comme une solitaire qui rêvait de fonder un réseau asocial. Fatiguée de tant de rêves. Je décidai de me lever et d'aller déjeuner.
C'était un de ces matins où il est 14h et où on se demande si le Julien avec qui on a passé la nuit boit du thé ou du café à son réveil. Alors on allume une clope et on met des pâtes au micro-onde avant de partir en quête d'une culotte propre sous la table basse. En fait je crois qu'il s'appelle Kevin. Peut-être.. Ou Bastien. Enfin dans tout les cas je venais de comprendre pourquoi la teinte de ma peau habituellement couleur sans-papiers-fraichement-immigrée-d'un-pays-sous-développé m'apparaissait si grisâtre dans le miroir, à la limite du translucide. Ce n'était pas mon manque de sommeil qui en était la cause non. C'était probablement simplement le décodeur de l'Olympe qui bugait encore. Dehors le ciel était gris. Les arbres ternes. Les passants moroses. Dieu ne pouvait pas exister. La preuve, les poissons ont des arrêtes et les cerises des noyaux. Il paraît que le silence est le bruit du temps qui passe. Ca fait déjà 32 minutes si j'en crois mon grille-pain, que j'avais émergé et monsieur Septcentimètresenpleineaction ronflait encore.
Après avoir rongé mon carré de pain recouvert d'une nappe de beurre de pâte arôme cacao et enfilée un vieux sweat trop large sur mon blue jeans trop vieux, je sortis arpenter la grève en faisant les plages de Bretagne.

Assise sur le sable, fixant la houle d'un regard vague, je regardai s'effacer la cicatrice du passage d'un bateau sur l'océan. L'avantage avec les bords de mer c'est qu'on ne risque pas de tomber à l'eau. La marrée a bien compris les choses. En quelques minutes elle a tout effacé pour tout recommencer de zéro. C'était fini. Je poussai sur mes bras tant bien que mal, me redressai et repartie vers la ville.
Lucas devait m'attendre. Après deux semaines passées chez sa grand-mère il devait sûrement m'avoir oubliée en fait le mini-moi. Peut-être que sont père avait-il eu un élan de bonté et était allé le chercher pour l'emmener au parc ? C'est beau de rêver.
Prenez un grand saladier. Versez-y trois litres de liquide amniotique pour 4 kilos de poussière du Père Lachaise, et vous verrez apparaître cette affreuse bouillis qu'ils appellent la Vie.
Mes spartiates cavalaient au rythme du crépitement de mon jean sur les pavés. Si je rate mon bus, je suis bonne pour marcher 4 573 mètres sous la pluie jusqu'au T3 de ma génitrice. Enfin 4573, c'était approximatif.
"Allo ? Val' ? C'est Alexis. Je suis sorti acheter des croissants pensant que tu rentrerais bientôt mais je me suis enfermé dehors.. T'es où là ?" Ah oui.. Alexis.. C'est comme ça qu'il s'appelait mon huitminutestopchrono de la nuit dernière. " Merci pour les croissants Alex, laisses les dans la boite aux lettres, et appelles un serrurier. Je pense rentrer sur Paris dans deux ou trois heures avec mon fils et il me semble qu'hier soir tu m'aies dit que ça faisait au moins trois mois que tu n'avais pas nettoyé ton placard à conserves ! Alors t'as qu'à en profiter pour aller le ranger tout de suite ! J'ai été ravi de coïter avec toi en tout cas." J'ai raccroché. Comme si la vie de ce garçon m’intéressait plus que ça... Ah ! Voilà le bus !

Comme à son habitude ma mère dormait pendant que Lucas comptait les grains de riz. Quand j'ouvris la porte, il sourit. Il me reconnaissait ! Ou peut-être espérait-il que j'étais une gentille dame de la DAS venue le sauver de sa misérable famille. "Maman !" Ah non, il m'avait reconnu. "Bonjour mon trésor, comment vas-tu ? Tu t'es bien amusé chez mamie ?" Question stupide. Il empestait la crasse. "Tes valises sont prêtes ?" Deuxième question stupide. A en voir ses yeux, ses valises étaient déjà sagement remplies sur ses paumettes. "Regarde mon château !" Il me prit la main et m'emmena dans la pièce autrefois ma chambre qui lui servait à présent de dortoir et me montra les quelques boites de muesli sans sucre assemblées les unes aux autres pour tenter de ressembler à un bâtiment moyenâgeux. Avec les chevaux de PQ et les guerriers en petit-suisse c'est vrai qu'on s'y croirait. "C'est magnifique mon cœur. Il ne te reste plus qu'à le peindre et à appeler Astérix et Kirikou et ce sera parfait." J'ai dit en l'embrassant sur le front. Pourtant il n'eut pas l'air d'apprécier mes conseils. Jamais content ce môme. Une odeur de lait caillé emplie la pièce. Ma mère se dressait sur le pas de la porte. Tout d'un coup, en la voyant avec sa barbe de sorcière le château me parut encore plus réaliste. J'entrepris de prendre le sac de Lucas sous un bras et le-dit Lucas sous l'autre et m'enfuis vers ma banlieue avant que la propriétaire de l'appartement n'ai eu le temps de se souvenir de mon prénom.

"Un homme intelligent n'est rien d'autre qu'un con raté."



Elle s'appelait Sarah.
15 ans le mois prochain. Elle pensait que le monde pouvait lui appartenir. Mais c'était avant.

~

Cinq. Quatre. Trois. Deux. Un. 6:30.
La sonnerie de son radio-réveil s'arrêta au moment précis où elle avait commencé. Encore une nuit passée à courir à travers la brume laiteuse de la voie lactée.

L'eau tiède de la douche rebondissait sur le carrelage de la salle de bain. Sa mère avait encore déchiré le rideau. Une odeur d'agrume emplissait la pièce. Sarah avait horreur des oranges. Mais sa mère aimait ça. Elle passa un élastique dans ses cheveux. La jeune fille du miroir la transperçait de son regard aveugle. Sa mère dormait encore. Dans la cuisine, le bébé, lui aussi dormait encore. Sarah mit du lait à chauffer sur la gazinière. La radio crépitait une musique en vogue. La jeune fille se mit à danser. Sa robe tournoyait. Le bébé réveillé par le bruit appela sa mère. Elle le prit dans ses bras. La Nemo, la. Calmes toi. Maman est là.

Les volets de bois filtraient les maigres rayons du soleil. Une odeur d'urine mêlée à du vin rouge fermentait sur le tapis jaunâtre de la chambre. Catherine avait 39 ans, 40 depuis une soixantaine de jours. Elle avait deux enfants. Une fille de 15 ans. Et un fils du même âge. Où peuvent-ils bien être ces deux là ? Elle alluma une cigarette. Et se rendormit.

Les cris de la progéniture de sa fille étaient assourdissant. Elle enfila un t-shirt anciennement blanc et se dirigea vers la cuisine-chambre du bébé. Encore là lui ? Toujours pas mort ? Tu te débrouilles mieux que je pensais avec ton petit. Et le père ? Toujours pas là ? Et ton frère ? Bien sûr que tu n'en sais rien. Éteints cette musique. J'ai la migraine. Changes le. Il pue. Et cesses de l'habiller comme un pd ce gosse.

Oui maman. Sarah déposa un baiser sur la joue de sa mère. Posa l'enfant sur le fauteuil du salon. Et couru dans la buanderie chercher une bassine et des vêtements propres.

~

Déposez les là. Dit l'adolescent sûr de lui. Une bande de garçons, probablement tous collégiens portaient à bout de bras des cartons remplies de différentes pièces détachées. Moteurs, jantes, boitiers de vitesse, kits de frein, embrayages, volants, pots d'échappements et autres bout de métal difficilement reconnaissables. Son nouveau business allait le rendre riche.

Assis sur le rebord du bâtiment abandonné par manque de financement alors qu'il était encore en cours de construction, Esteban observait ses hommes d'un œil, et le monde qu'il allait conquérir, de l'autre. Un lueur apparu soudainement dans son regard. Sarah. Elle était là. Plus bas. Assise sous un abri-bus. Nemo contre sa poitrine. Il devait être grand aujourd'hui. Ils devaient être beaux maintenant.

Descends la voir.
C'était Jules. Son meilleur ami.
Non. Répondit Esteban. C'est trop tôt.
Tu lui manques tu sais.
Non. Elle vit mieux sans moi. Retournes travailler imbécile.
C'toi l'imbécile..
Pardon ?
Non.. rien.

Un mois ? Six semaines ? Depuis combien de temps n'était-il pas allé les voir ?
Depuis l'anniversaire de Nemo. Donc il y a 85 jours.. Il n'était vraiment pas un bon père.
Mais une fois qu'il sera riche. Il leur offrira un beau pavillon. Dans le centre ville. Et Nemo ira à la crèche. Et Sarah pourra retourner au lycée. Ils seront heureux. Ce sera parfait. Il suffit d'attendre encore quelques semaines. Et tout sera parfait.


Le bus démarra. Sarah et Nemo avec lui. Où allaient-ils ? Peut-être Nemo était-il malade ?
Jules ! Où est-ce qu'elle va ?
Travailler. Elle a trouver un job chez Jacques. Elle doit trier la ferraille.
Et Nemo ? Elle l'emmène avec elle ?
Où veux-tu qu'elle le mette ? Oui elle l'emmène. Jacques lui a aménagé une sorte de parc avec des planches de bois et un vieux matelas dans l'atelier. Il reste calme la plupart du temps. Mélanie lui a aussi donné les jouets d'Andréa. Il s'occupe pendant qu'elle travaille.
Mais c'est sale et poussiéreux ! C'est une honte d'employer ainsi une jeune fille et son enfant !
Il emploie juste ta copine. Et l'autorise à emmener son fils. C'est différent. Et puis.. Elle a besoin d'argent. Ce n'est pas avec ma mère, mes ptits boulots et les allocations qu'elle pourra éternellement faire vivre le petit.

Esteban devait lancer au plus vite son commerce. L'idée que Sarah doivent travailler et arrêter d'étudier à cause de lui lui était intolérable.

Jules ! Réunis les hommes dans mon bureau. J'ai des choses à leur dire.



Ce n'était certes pas le job dont Sarah rêvait. Mais ça permettait de joindre les deux bouts. Nemo s'était endormi sur son matelas. Le bruit du fer ne semblait pas le déranger outre mesure.

Accélère la cadence ou je te garde deux heures supplémentaires.
Jacques n'était pas compatissant pour deux sous. D'ailleurs il ne la payait guère plus que deux sous de l'heure puisqu'elle travaillait en toute illégalité.

La cloche retentit. Quelqu'un venait d'entrer dans l'atelier. Deux garçons se trouvaient à présent devant le comptoir. Sarah les connaissait. Elle les avait déjà vu trainer dans les ruelles du quartier avec son frère. Ils essuyèrent leurs mains pleine d'huile de vidange sur leurs jeans. Que venaient-ils faire ici ?
Bonjour madame Mélanie. On venait dire à monsieur Jacques qu'on avait à la planque la masse de métal, pleins de trucs différents. On a aussi des morceaux de voitures. Donc si votre époux ou vos amis, êtes intéressés par nos trouvailles passez nous voir.
La porte claqua. Les garçons étaient partis. Il ne restait de leur passage qu'une affichette annonçant l'ouverture prochaine de leur petit commerce.
Qu'est ce qu'ils ont encore inventé ces gosses.. Ils ont du pillé des voitures oui. Et maintenant ils veulent nous arnaquer en nous refourguant leurs bric-à-brac. Pourquoi sont-ils pas à l'école comme les autres ? M'enfin.. Il est six heures, tu peux partir gamine. Ta paye est dans le cendrier.

En prenant les piécettes dans le bol plein de mégots, Sarah jeta un bref coup d'œil sur le prospectus. Samedi, rue du lac. Elle y serait. Histoire de voir si son frère n'était pas réapparu en ville depuis la semaine dernière.

~

Les garçons s'agitaient. Pourquoi Esteban voulait-il leur parler ? Il ne les réunit jamais ainsi. Sauf si un gros coup se prépare ou bien si quelque chose de grave est arrivé. Le marché est prévu pour samedi. Soit dans deux jours. S'était-il passé quelque chose ? La police peut-être ? Non..
Silence ! Esteban venait d'entrer dans la pièce et tous se turent.
Si je vous ai réunis ici ce soir les garçons c'est parce que l'heure est grave.
Mais que se passait-il..
Sarah, ma douce Sarah, a été recruté par ce porc de Jacques, pour effectuer le plus ingrat des travails qu'il ait pu lui donner. Et c'est donc à nous mes frères. De trouver le maximum d'argent possible afin que mon fils. Que votre fils. Puisse avoir une éducation décente. Hors du taudis où il vit, actuellement avec sa mère et que le frère de celle-ci, notre nouveau frère, a quitté la semaine passée. Alors ! Êtes vous avec moi ?! Voulez vous aider votre enfant ?!
Une clameur s'éleva dans les rangs. Ils feraient tout ce que Esteban leur demandera. Il était leur chef. Il le savait.
Il fallait agir maintenant.